23/03/2008

L'influence de la famille sur nos soins

Stage en service de chirurgie viscérale. Un jeune patient de 18 ans est là pour une déchirure de la vessie suite à un coup de bâton de ski, les suites opératoires ce sont compliquées en péritonite. Il a donc été opéré deux fois.

Le jeune homme est réticent à ce que je lui fasse les soins car il a vu sur ma blouse « étudiante infirmière »… je change ses perfs, je fais une prise de sang et il s’étonne que je la réussisse… (je reste calme car je comprends son doute, ce qui me gène un peu ce sont les petites remarques à mon égard…) j’ai remarqué à cette occasion que ce patient est angoissé.

Quelques matins plus tard  nous venons pour lui faire les soins et il y avait sa mère. Elle est visiblement désemparée et très angoissée ce qui peut se comprendre dans la situation. Son fils est douloureux, nous faisons le nécessaire en antalgique intra veineux.

Je remarque aussi qu’il a du mal à se calmer et que la douleur ne baisse pas, ce qui angoisse encore plus la mère qui nous suit partout dans le service pour nous dire que son fils à mal…

L’infirmière rajoute un antalgique et me demande de lui faire une prise de sang qui est prévue.

Je prépare mon matériel, entre dans la chambre demande à la dame de sortir le temps du soins.

Je repère ma veine et je pique. Avant même d’enfiler le tube je sens que je vais me louper (pourtant il a des veines fines mais qui se voient bien) … résultat j’ai un peu de sang et très vite plus rien et mon aiguille ressort sans même que je l’enlève… je trouve sa étrange et vu la situation je passe la main à ma collègue déçue de ma prestation. Dans ma tête j’analyse et je pense que l’angoisse de la mère majorait l’angoisse du fils ainsi que sa douleur. Au moment de la prise de sang j’ai senti aussi cette angoisse m’envahir ce qui m’a certainement déstabilisé dans mon soin.

Ce sont ces petites expériences de soignants qui nous font avancer et comprendre que l’environnement est un facteur qui peut influencer dans la réussite de nos soins.

16/03/2008

Le statut d'étudiant(e) infirmièr(e)

Ce qu’il y a de bien avec le statut d’étudiant(e) infirmier(e) c’est qu’il y a beaucoup de contraintes !!

 

Il y a tout d’abord l’école… ahhhh l’école ! oui oui on nous prend bien pour des écoliers parfois… (pas toujours fort heureusement).

Les journées de cours sont longues et parfois on se demande ce qu’on fais là alors que dehors il fait beau !

Les formatrices on toutes leurs atouts et leurs défauts (il y en a même on voit surtout leurs défauts) et les intervenants… médecins, infirmier(e)s, cadres… qui doivent se demander qu’est ce que c’est que cette promo !!… Il est vrai que dans certains cours quelques peu blasant… nous trouvons de quoi passer le temps… mots fléchés, sodoku, dessins, papotage… et j’en passe.

Vu de l’autre côté de l’amphi sa doit pas être très motivant pour faire un cours… je l’avoue !

 

Il y a ensuite les stages… un mois à chaque fois… un mois c’est court quand le stage se passe bien mais c’est très long quand il se passe mal.

Il y a toutes les sortes de professionnels mais ceux qui marquent le plus en général c’est ceux qui ont oublié qu’un jour eux aussi ils étaient étudiants… et que quand on est étudiant on a pas la science infuse et on ne sait pas tout faire. On est justement là pour apprendre.

Il y aussi les équipes qui te compte comme membre à part entière de l’équipe… en gros tu fais leur boulot, le boulot qu’elles ne veulent pas faire (surtout le nursing : les toilettes)… « ohhhh y’a l’élève ce matin ba sa va aller ! »

L’élève… nom qui nous est donné en stage… sympathique n’est ce pas ?!

 

Enfin… et fort heureusement il y a aussi tous ces moments qui font que l’on aime notre futur métier… ce qui nous raccroche et nous motive pour continuer. C’est un métier tellement riche.

13/03/2008

Il y a des inter qui marquent plus que d'autres

Une de mes inter les plus marquantes, le premier arrêt cardio-respiratoire (ACR). La veille de noël, il est 17h et nous sommes de garde depuis 7h ce matin et pas une inter. Nous sommes dans le standard à espérer que quelque chose arrive !

Et là ! … un ordre de départ arrive…

AVP VL personne inconsciente qui respire.

Ne jamais se fier à l’ordre de départ… la situation peut avoir changé à notre arrivée…

Nous arrivons sur les lieux, un homme de 38 ans en ACR dans sa voiture. Son cœur s’est arrêté soudainement quand il conduisait, il a percuté une autre voiture.

La première chose qui m’a frappé en l’abordant c’est son regard figé (le regard d’un mort… image qui reste dans la tête). 

Sans tarder nous attaquons massage cardiaque et ventilation… une fois le DSA mis en place… choc indiqué, et là deuxième image marquante pour moi son corps qui décolle de 20 cm au choc du DSA et qui retombe sur le sol.

Apres la recherche de son identité nous avons trouvé une petite boite (boite de bijou) emballée de papier cadeau, et j’ai remarqué deux sièges enfants dans la voiture… là je me suis dit qu’on avais pas le droit de le laisser partir, pas à cette période,  pas le droit de laisser une femme et deux enfants en bas age sans papa.

Il s’en est sorti, sans séquelles.

J’avais 17 ans et demi et c’était une de mes premières inter à caractère d’urgence vitale.

20:51 Écrit par M dans Pompier | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pompier, acr, inter |  Facebook |

12/03/2008

Qui sera la ou le prochain(e)...

La formation d’infirmière n’est pas facile et tout au long du cursus il y a des abandons…

Aujourd’hui une de plus alors qu’il ne reste qu’un an et demi avant le diplôme…

Les départs des collègues font toujours un petit quelque chose et nous font nous questionner…

On a vraiment l’impression que l’école ne nous soutient pas et qu’elle fait tout pour se débarrasser de nous comme dans une télé réalité… pourtant il manque des infirmières et dans les services c’est la crise !

J’ai souvent des grands moments de ras le bol, mais toujours je me dit qu’il ne faut pas oublier mon objectif.

04/03/2008

L'inconnu fait peur

Le monde de la maladie mentale fais peur à la plupart des gens. Et je dois avouer qu’avant d’avoir fait un stage auprès des personnes autistes, trisomiques… ayant un retard mental important, moi aussi j’avais du recul vis à vis de ces personnes tout simplement parce que je ne connaissais pas du tout le milieu. Et oui, l’inconnu fait peur.

Et pourtant, j’ai découvert d’autres moyens de communication qui sont bien plus fort, bien plus expressifs… Certes il y a de la violence, certes il y a du repli sur soi mais il y a aussi beaucoup d’amour, de reconnaissance et de spontanéité. Ces personnes sont très attachantes et vous donnent beaucoup.

Je me rappel de Nany que je ne pouvais pas approcher au début de mon stage, il m’étais impossible d’entrer en communication avec lui… petit à petit nous nous sommes apprivoisés comme le petit prince et le renard et au fil du temps nous avons appris à nous connaître et un beau jour il est venu vers moi, à la fin de mon stage il me laissais même lui donner la douche… Nany je l’ai vu évoluer et faire de nombreux progrès en un mois… même l’équipe n’en revenais pas !

 

al_st_exupery08_le_prince_et_le_renard


 

Il y a eu aussi Raph qui montre ses sentiments avec tellement d’expressions ! Quand il est en colère… il balance tout ! quand il veut nous montrer de l’affection il nous serre dans ses bras tellement fort qu’on ne peut plus bouger ! C’est comme sa que j’ai faillit me faire étrangler… mais comment lui en vouloir lui qui voulait me montrer de l’affection, lui qui n’a aucune notion du danger.

Ce ne sont que deux exemple parmi les nombreux moments de joie et de bonheur que j’ai vécu.

Ce stage que j’appréhendais tellement m’a en fait fais grandir, il n’a pas été facile au début mais il valait vraiment le coup…

 

29/02/2008

Une nuit au standard

Vendredi soir il est 18h45, je me rend à la caserne pour faire ma prise de garde, je connais déjà mon piquet… stationnaire…(rester au standard pendant le déroulement de l’intervention pour parler à la radio et répondre au téléphone) faut bien y passer !

Quand j’arrive au standard il y a une intervention en cours, je remplace donc le stationnaire en place pour qu’il parte en week-end !

L’équipe de garde au complet nous faisons la prise de garde : prise des consignes, vérification de la garde dans le tigre (l’ordi), du fonctionnement des radios, des véhicules et inventaire de nos tenues…(voir si tout est là, si tout fonctionne !)…

Le week-end de garde attaque fort puisque quelques minutes après 19h (l’heure à laquelle notre garde de week-end commence) déjà une intervention (en plus de celle de jour).

L’équipe de 1er départ part en intervention, peu après l’équipe de jour rentre…

Ce soir là les interventions n’ont pas arrêté (chose rare pour un centre de secours comme le mien) je suis restée au standard de 19h à 4h30 du matin le lendemain… ! très dur de rester éveiller à écouter la radio. Il y a bien la télé mais bon merci les super programmes télé après minuit !  

A chaque fois que j’entendais une nouvelle intervention s’annoncer en plus des précédentes, je me disais en moi… et c’est reparti pour environ 1h30 (durée moyenne d’une intervention) de stas en plus !! Je pensais à mes collègues qui faisaient de belles interventions (pas toujours !) et qui pouvaient parler et déconner (se maintenir éveillé entre eux) en retour d’inter… moi j’étais toute seule avec ma radio !! J’en pouvais plus !

Engagez vous qu’ils disaient !!

L'énergie du soin relationel

Stage avec les infirmières libérales. Nous sommes mardi, c’est la première fois que nous nous rendons chez Mr D. Nous venons pour lui apprendre à se faire dextro et insuline. A peine entrée dans sa demeure que je sens comme une tension, un mal aise.

L’infirmière et moi nous rendons dans la cuisine où se trouve Mr D et sa femme.

-         « Bonjour, comment allez vous ? »

-         « Oh, c’est pas la grande forme »

-         « Ah bon pourquoi ? qu’es ce qui vous arrive ? »

-         « Je viens d’apprendre que j’ai un cancer du poumon… »

Son diabète avait été découvert à la suite du diagnostic du cancer… nous ne savions absolument pas qu’il était atteint de cette maladie.

Nous venons plusieurs fois par jour pour les soins.

Le vendredi de la semaine, nous venons comme à notre habitude sur les cou des 11h chez Mr D. Nous sommes restés plus longtemps pour parler, Mr D n’allait pas très bien (aussi bien sur le plan psychologique que sur le plan somatique).

Quand je suis ressortie de la maison, j’étais extrêmement fatiguée… comme si Mr D avait puisé dans mon énergie…

A midi après la permanence, je passe à la caserne faire mon petit tour, et je vois un ordre de départ pour une intervention arriver…

« Mr D, 61 ans, arrêt cardio-respiratoire, départ flash »

J’indique à mon collègue l’adresse exacte pour qu’ils arrivent le plus rapidement possible sur les lieux… mais je savais intérieurement que c’était déjà finit pour lui, comme si Mr D nous avait dit au revoir tout a l’heure en captant notre énergie…

Mr D est décédé ce jour.

Suite à cette situation j’ai compris que le soin relationnel prend beaucoup d’énergie notamment dans l’accompagnement d’une personne dont la fin est proche.

Je ne vous ai parlé que de Mr D, mais le soin relationnel ne s’arrête pas à Mr D, mais bien à la personne malade et à son entourage.